Mohamed Abdallahi Ould Oudaâ et l’épreuve de la justice

J’ai parcouru rapidement l’ouvrage « L’Accusé n°4 » de Mohamed Abdallahi Ould Oudaâ, et je me permets d’en proposer un commentaire à la manière de celui qui découvre un livre à travers sa préface et les titres de ses chapitres, sans prétendre à une lecture exhaustive de l’ensemble. 
 

L’ouvrage compte 399 pages, se distingue par une lecture aisée et un style fluide, et adopte une méthodologie claire : vingt chapitres, une conclusion, huit annexes, ainsi qu’une bibliographie comprenant 13 références.

J’ai eu l’occasion de travailler avec l’ingénieur Mohamed Abdellahi durant son mandat de ministre de l’Équipement et des Transports, et je témoigne — sans porter de jugement de valeur devant Dieu — de sa sagacité, de sa compétence, de son expertise dans les dossiers techniques, de sa modestie, de son assiduité à accomplir la prière à l’heure, ainsi que de son retrait occasionnel dans son bureau pour une retraite proche du recueillement spirituel, au cours de laquelle il accomplissait son wird. Dans ce contexte, la présence du chapelet apparaît comme un symbole révélateur, à la fois dans sa vie et dans son récit.

Le livre rapporte d’ailleurs un épisode plaisant : une conversation entre les accusés à propos des chapelets devenus des compagnons quotidiens en prison, davantage pour passer le temps que pour un usage strictement cultuel. Dans un moment de plaisanterie, l’un d’eux suggéra que l’accélération du procès ne pourrait se faire qu’à travers l’échange des chapelets, avant qu’l’un des présents ne surprenne l’assemblée en sortant le sien de sa poche, provoquant l’hilarité générale (p. 205). Une scène brève, mais révélatrice de l’esprit du livre et de sa capacité à saisir l’humain au cœur de l’épreuve.

Dans son ensemble, l’ouvrage apparaît comme un témoignage intellectuel et humain qui prend appui sur un parcours judiciaire complexe pour le transformer en matière de réflexion sur la justice, la responsabilité et le pouvoir. L’auteur n’écrit pas des mémoires au sens classique, mais livre une expérience personnelle conçue comme une porte d’entrée vers une compréhension plus large des mécanismes judiciaires, de la bonne gouvernance et du rapport entre l’individu, l’institution et l’État.

En retraçant le long cheminement d’un dossier judiciaire, le livre dévoile les détails du procès et les questions juridiques et éthiques qui l’ont accompagné, dans un récit calme et équilibré, éloigné de toute émotion excessive ou de toute volonté de règlement de comptes. Il met également en lumière l’expérience de la détention, non seulement comme une sanction, mais comme un temps de méditation et de remise en question, ayant suscité une conscience plus profonde des valeurs de probité, d’intégrité et du rejet du mensonge et de la trahison.

L’auteur souligne à plusieurs reprises que la reddition des comptes et le contrôle demeurent des conditions essentielles pour instaurer la confiance dans les institutions, à condition qu’ils reposent sur l’objectivité, la transparence et la compétence professionnelle. À ce titre, le livre dépasse le cadre de l’expérience individuelle pour livrer un message universel : les épreuves, aussi dures soient-elles, peuvent devenir des occasions de compréhension et de connaissance, et le pardon n’efface pas la vérité, mais l’élève.

Ainsi, par sa dimension documentaire, analytique et humaine, cet ouvrage s’inscrit parmi les livres qui enrichissent la bibliothèque, non seulement comme un témoignage d’époque, mais comme une contribution intellectuelle solide au débat sur la justice, la conscience et la responsabilité dans l’espace public.

Mohamed Mahmoud Jemal Mohamedou