Depuis plus d’un an, en plein mois de Ramadan, le Président de la République, Mohamed Ould Ghazouani, a annoncé sa volonté d’organiser un dialogue national pour discuter des grandes questions qui concernent l’avenir du pays.
Dans ce cadre, un coordinateur a été désigné pour préparer ces assises. Sa mission était claire : consulter la majorité et l’opposition, proposer une feuille de route et parvenir à un accord sur les thèmes à discuter.
L’opposition a répondu favorablement à cette initiative. Elle a participé aux réunions, formulé des propositions et contribué, de bonne foi, à rapprocher les positions. Au fil des discussions, un accord semblait se dessiner sur l’essentiel de l’ordre du jour.
Mais au moment où cet accord était presque trouvé, les représentants de la majorité ont sorti, visiblement à dessein, la question délicate — celle qui fâche avec la Constitution : la question des mandats.
Introduite sans clarification précise, cette question a immédiatement suscité des interrogations légitimes. L’opposition a alors demandé ce qui relève simplement du bon sens : préciser clairement de quels mandats il s’agissait, ou exclure explicitement toute référence aux dispositions constitutionnelles qui ne peuvent être modifiées.
Le Président de la République a, de son côté, déclaré à l’opposition qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Dans le même temps, il a indiqué qu’il n’interviendrait pas auprès de sa majorité sur cette question — une position qui, disons-le, a le mérite de laisser chacun libre… y compris de compliquer les choses.
Pour sortir de l’impasse, le coordinateur a proposé de retirer la question des mandats du chapitre intitulé Réformes institutionnelles. Une proposition dont le principe avait évidemment eté déjà entériné par le Président de la République. L’opposition a accepté immédiatement cette solution, sans détour.
Cependant, lors de la dernière réunion, les représentants de la majorité ont refusé cette proposition et ont maintenu leur position initiale. Une constance remarquable — surtout lorsqu’il s’agit d’empêcher un accord.
Reste cette impression persistante : celle d’un flou entretenu avec un soin presque méthodique. Entre assurances présidentielles, positions majoritaires et arbitrages invisibles, une question, à peine voilée, finit par s’imposer : dans cette mécanique subtile, qui décide réellement… et qui s’aligne ?
La Mauritanie mérite mieux que ces jeux d’ombres. Elle mérite de la clarté, du courage politique et une volonté sincère d’avancer ensemble.
Car à trop vouloir contourner les évidences, on finit par s’y heurter de plein fouet. Et à force de retarder les échéances, on oublie une vérité simple : l’Histoire, elle, ne négocie pas. Elle avance.
Libre à chacun de l’accompagner… ou de la subir.
Nana Mohamed Laghdaf